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La Psychanalyse en procès
Autour de :
-Jacques Bénesteau, Mensonges freudiens, histoire d'une désinformation
séculaire, Ed. Mardaga, Belgique. 2002. (400p.)
-Procès Bénesteau-Roudinesco : 14 avril 2005, 17ème
chambre.
-Le Livre noir de la psychanalyse sous la direction de Catherine Mayer,
avec Mikkel Borch-Jacobsen, Jean Cotteaux, Didier Pleux et Jacques Van
Rillaer aux éditions " les arènes ", septembre
2005 (832 p.)
-Elisabeth Roudinesco, Pourquoi tant de haine ? Anatomie du Livre noir
de la psychanalyse, Navarin éditeur, novembre, 2005, 95p.
J'ai
écrit, entre juillet et novembre 2004, pour la revue Seine et Danube,
un article intitulé : "A-t-on le droit de critiquer Freud
et la psychanalyse ?" .
Depuis cette publication, deux faits nouveaux sont intervenus qui continuent
d' en dire long sur le fonctionnement du milieu intellectuel parisien
:
-un procès en diffamation intenté par Jacques Bénesteau
contre Elisabeth Roudinesco.
-la publication du Livre noir de la psychanalyse, immédiatement
accompagnée par un riche dossier, conçu par Ursula Gauthier,
intitulé : "Faut-il en finir avec la psychanalyse ? "
dans "Le Nouvel Observateur" du 1er septembre 2005. Ce dossier
a suscité un débat qui se poursuit aujourd'hui : médias
télévisés, radiophoniques et écrits. Internet.
Le retentissement est considérable, ce qui me réjouit.
Alors que
les grands médias et la presse classique ont ignoré Mensonges
freudiens de Jacques Bénesteau, ils ont fait entendre les grandes
orgues pour le Livre noir de la psychanalyse. Si ces deux ouvrages ont
des caractéristiques spécifiques, sur lesquelles je reviendrai
brièvement, la thèse centrale, les références
phares, les arguments, l'aspect critique et polémique sont du même
ordre au point qu'un esprit impartial pourrait parler de parenté
voire de filiation entre ces deux livres. Le livre de Bénesteau
a été publié en 2002 en Belgique, faute d'éditeurs
en France et le Livre noir en septembre 2005, en France aux éditions
" les arènes ". Le rapport évident entre ces deux
livres est systématiquement occulté par les médias.
Le procès de Bénesteau contre Elisabeth Roudinesco, et ce
qui s’est écrit autour dans la presse, me semblent donner
des éléments d’analyse à ce déséquilibre
médiatique surprenant. Sorte d’interface qui les fait réagir
l’un sur l’autre et constituer une constellation de sens des
plus troublante. Qu’on en juge.
1-La plainte
en diffamation intentée contre Elisabeth Roudinesco par Jacques
Bénesteau.
Lorsque
j'écrivais mon article sur Bénesteau en 2004, je n'avais
jamais rencontré son auteur, dont je n'ai fait la connaissance
que quelques jours avant son procès. Je ne savais pas qu'il allait
intenter un procès à Elisabeth Roudinesco et partant ignorais
tout du texte de la citation. J’avais appris le différent
entre Bénesteau et Élisabeth Roudinesco dans l’article
de cette dernière, intitulé, "Le Club de l'Horloge
et la psychanalyse : chronique d'un antisémitisme masqué"
publié dans les "Temps Modernes" n°657 avril-mai
2004. Après les amalgames les plus fous, Elisabeth Roudinesco faisait
écrire à Bénesteau une phrase dont il n'y a pas la
moindre trace dans son livre : " […] ils sont partout, ils
fabriquent des complots, se regroupent en réseaux pour infiltrer
la société et y propager leurs mythes fondateurs etc."
" Qu'avec une telle phrase, elle en arrive à conclure que
"l'ouvrage de Bénesteau mêle donc la démarche
scientiste à la pire rhétorique d'inspiration antisémite
et négationniste" semble pour une part justifié, à
cette nuance près que la phrase attribuée à Bénesteau
est une pure invention d'Elisabeth Roudinesco : Bénesteau n'en
a pas écrit le moindre mot. J'étais donc fixé sur
les moyens employés par cette vénérable historienne
qui fort heureusement n'a pas toujours utilisé de tels procédés
dans ses livres. Mon article avait aussi montré de façon
claire que les montages de textes auxquels Elisabeth Roudinesco se livrait
lui permettaient de faire dire à Bénesteau qu'il n'y avait
pas d'antisémitisme à Vienne, alors qu'il a écrit
le contraire. Pour Elisabeth Roudinesco, la fin justifie les moyens qui,
en la circonstance, relèvent d'une absence totale d'esprit scientifique
et pour dire le fond de ma pensée, d'une malhonnêteté
intellectuelle consciente, présentée avec aplomb et sans
masque.
Dès
ce papier de Madame Roudinesco, le concept d' "antisémitisme
masqué" m'a semblé suspect. L'antisémitisme
est un délit dont l'histoire a montré les conséquences.
Alors "masqué", qu'est-ce à dire ? De l'antisémitisme
sans que l'on puisse discerner les caractéristiques propres à
l'antisémitisme, de l'antisémitisme invisible ? Posons la
question : qui a le privilège de repérer et de démasquer
cet antisémitisme sans qualités antisémites claires
? Vous, certainement pas. Moi non plus. Pourquoi ne pas suggérer
que le pouvoir de démasquer l'antisémitisme là où
on ne le voit pas est un privilège que se réservent par
autodésignation les psychanalystes ? Ne sont-ils pas experts en
inconscients et démasquages de tous ordres ? Eux qui n'hésitent
pas au nom de cette compétence qu'ils s'attribuent, à se
transformer en dénonciateurs, censeurs, inquisiteurs et, plus grave,
à utiliser les moyens des antisémites : amalgames orduriers,
citations inventées, insinuations perverses et propos défiant
toute crédibilité. "L'antisémitisme masqué"
: une notion dangereuse qui transforme l'antisémitisme en une interprétation
subjective utilisable à fin privée et idéologique,
alors que l'antisémitisme est une atteinte vitale à l'humanité.
On n'a pas le droit de banaliser ainsi l'antisémitisme. J'en viens
parfois à me demander si le simple fait de dire de façon
non masquée, même avec la vigueur et les excès de
la passion, leurs quatre vérités aux lacaniens, n'est pas
de nature à entraîner mécaniquement une accusation
d' "antisémitisme masqué". Grave. On n'aurait
pas le droit de critiquer la psychanalyse que ses dévots sont prêts
à défendre avec des moyens proches de ceux des extrémistes
de droite
Il n'empêche
que, dans cette atmosphère polémique et tendancieuse, je
ne manque pas de remarquer un fait évoqué pas Elisabeth
Roudinesco : un certain Jacques Corraze s'est exprimé au Club de
l'Horloge lors de la remise du prix Lyssenko, prix sordide et méprisable.
Mon ignorance est telle qu'à l'époque je ne savais rien
de ce Corraze, ni vraiment du prix Lyssenko. J'avais dans le brouillon
de mon article, comme c'est l'usage, mentionné le nom du préfacier
de Bénesteau : Corraze. Mais pour moi, Club de l'horloge sonnait
sombre : j'ai donc décidé de ne pas mentionner le nom de
Corraze dans mon article, ni sa préface, simple rite relevant,
à mes yeux, de la caution institutionnelle voire récupératrice
ou paternaliste qui s'est révélée, par ses effets
collatéraux, meurtrière pour Bénesteau. En matière
d'antisémitisme comme d'extrême droite, il convient d'être
précis. Parler au Club de l'horloge, comme invité, dans
un dîner ou une conférence ne me semble pas suffisant pour
être taxé d'extrême droite. Si, à titre personnel,
il me serait impossible de répondre à une telle d'invitation,
d’autres l’ont fait : Raymond Barre, Jean-François
Revel, Edgar Faure, Michel Debré, Philippe Tesson entre autres
qu'il serait ridicule de taxer d'extrême droite et d'antisémites.
A l'époque
de la rédaction de mon article, c'était le seul élément
à charge dont je disposais contre Corraze. Pas suffisant pour écrire
que le livre de Bénesteau était antisémite : je venais
de le lire in extenso. Je note au passage que de grands antisémites,
probablement masqués, ont réagi comme moi, Corraze ou pas.
Je pense en particulier au Professeur Gourevitch qui a rédigé
le rapport favorable valant à Bénesteau le prix de la Société
française d’histoire de la médecine (SFHM), à
l'unanimité, prix qui, notons-le pour l'humour a été
antérieurement attribué à Elisabeth Roudinesco. Après
avoir salué "l'étendue des connaissances en histoire
de la psychanalyse" de Bénesteau, le Professeur Gourevitch
n'hésite pas à écrire dans son rapport : "Offensive
et passionnée, l’œuvre de Bénesteau apporte une
masse impressionnante d’arguments dans un débat désormais
ouvert. Elle est de lecture attrayante et limpide, mais n’est rien
moins que simpliste ; un silence méprisant ne suffirait pas à
l’annuler. D’autres livres de moindre talent, de moindre poids,
de style moins pur et moins riche, ont trouvé un grand éditeur
parisien."
J'affirme
qu'il est légitime de juger un livre à partir de son contenu.
Doit-on dire que les romans de Céline sont mauvais parce qu'il
a écrit des abjections délirantes dans d'autres ouvrages,
ce que n'a jamais fait Bénesteau ? Que Corraze soit un sympathisant
ordinaire du Front National, n'affecte en rien le contenu du livre de
Bénesteau. Que Bénesteau ait fait une bêtise en livrant
son livre à un tel préfacier est une chose qui n'altère
pas la qualité de ses analyses historiques. Mais si le Front National
et l'extrême droite tentent de récupérer la critique
de la psychanalyse à leur profit, ce qui s'est fait dans le contexte
du procès via Corraze, alors il convient de manifester à
l'endroit de cette récupération et de Corraze une condamnation
politique claire. Point. Barre.
Venons en
au procès. Deux positions s'affrontent dans un théâtre
où la société, ses institutions, ses contradictions,
les intérêts des uns et des autres mènent la danse
: ainsi va la politique et le monde de la justice, ce n'est pas nouveau.
Prétendre évoquer ce procès au nom d'une objectivité
que la machine judiciaire elle-même ignore relève de la naïveté
et de l'angélisme. Je ferai donc état de la manière
dont j'ai vécu ce procès, en tant qu'observateur intéressé
: ce qu'il m'a donné à voir et à penser. Je ne cherche
pas à dissimuler la subjectivité de cette approche phénoménologique
que je livre à l'interprétation du lecteur. Dans cette perspective,
je ferai mention, autant qu'il me semblera utile de phrases écrites
dans les journaux sur ces petits événements qui n'ont d'intérêt
que pour les problèmes plus généraux qu'ils posent
à l'intellectuel et au citoyen.
"Selon
que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cours vous
rendront blancs ou noirs". On connaît la chanson de La Fontaine,
ritournelle d'avenir.
En janvier
2005, Bénesteau m'informe par courriel que sa plainte en diffamation
sera plaidée en avril, et, première surprise, que le Club
de l'horloge a aussi déposé une plainte de nature comparable.
Club de l'horloge, Bénesteau, Bénesteau, Club de l'horloge
: on fera l'amalgame. Inévitable, programmé. Si Bénesteau
a un avocat digne de ce nom, me disais-je, la première tâche
de ce dernier : tout faire, un bon avocat en a les moyens, pour que les
deux affaires soient dissociées et plaidées à des
audiences différentes. Ce ne fut pas le cas. Première source
d'inquiétude.
J'ai néanmoins
accepté le principe de témoigner, au seul procès
de Bénesteau, pour dire au tribunal que je ne voyais pas la moindre
trace d’"inspiration" antisémite ou "négationniste"
dans son livre. La date du procès se rapproche. Quinze jours avant,
je décide de prendre un avion pour Toulouse. Pour rencontrer Bénesteau
et surtout son avocat que je croyais toulousain afin de m'entretenir avec
ce dernier sur les enjeux politiques et parisiens0 de l'affaire. A Toulouse,
Bénesteau me dit que son avocat est parisien et qu'il s'appelle
Wallerand de Saint-Just. Stupeur. Pas spécialiste du tout de l'extrême
droite, vous l'avez compris, il m'arrive de lire "Le Monde"
ou "Libération". Le nom de cet avocat me dit quelque
chose : l'avocat de Le Pen ! Je dis donc à Bénesteau que,
quelles qu'en soient ses raisons, le choix d'un pareil avocat est une
gigantesque connerie dont il ne se relèvera pas et qu'il ouvre
l'autoroute du succès à Elisabeth Roudinesco qui n'ose pas
espérer un tel cadeau. Un coup de portable, dans la rue, de Toulouse
à Wallerand de Saint-Just, dont Bénesteau me donne le numéro,
pour lui dire que je ne témoignerai pas et que Corraze, qu'il me
semble bien connaître et estimer, se révèlera contreproductif
dans cette affaire. Ce que les débats ont confirmés.
13 avril,
veille du procès : coup de fil d'Eric Aeschimann, service politique
de "Libération", qui souhaite me rencontrer à
propos du procès Bénesteau. Rencontre facile à organiser,
je suis voisin, à presque onze heures du soir. Ce journaliste semble,
avant l'audience, être très informé sur le dossier,
même dans ses aspects juridiques, compétence professionnelle
oblige. Il ne me pas cache pas son admiration pour Elisabeth Roudinesco,
qui a longtemps couvert les questions psy à "Libé"
avant d'exercer la même fonction aujourd'hui au "Monde".
Il me donne quelques infos politiques sur Corraze et Wallerand que l'on
retrouvera dans son article. Il me dit préférer mon article
au livre de Bénesteau qu'il semble avoir rapidement survolé
: rien de surprenant. Je lui demande de faire mention de "Seine et
Danube". Ce qu'il a fait : réglo. L'homme, au demeurant sympathique,
ne me donne pas l'impression, malgré un a priori favorable pour
la psychanalyse et Roudinesco en particulier, de vouloir me traiter de
façon outrancièrement inéquitable. Ce type de procès
n'ayant d'intérêt que médiatisé, "Libération",
"Le Monde", "L'Humanité" (qui a affirmé
comme Roudinesco que Bénesteau a nié l'existence d'un antisémitisme
viennois alors qu'il a écrit le contraire) et le "Nouvel Observateur"
(qui a annoncé la présence de grands témoins, Lanzmann
et Vidal-Naquet que je ne suis pas certain d'avoir vus), ont pris soin
d'écrire des articles pour remplir la salle de fans et de groupies
lacanoïdes. Opération réussie. Salle pleine. Le matin
du procès, Eric Aeschimann titre dans Libé : "La psychanalyse
sur un banc du tribunal". Pas Roudinesco, la psychanalyse. Cette
dame l'incarne, à elle seule, elle en est la voix médiatique
! On lit : "Cet après-midi, il y aura du beau linge à
la 17è chambre…". Exact. L'assimilation Bénesteau,
Club de l'horloge suit immédiatement, de bonne guerre, lorsque,
journaliste, on n'en a pas moins choisi a priori son camp. Le livre de
Bénesteau " passe la vie de Freud au crible de la critique
historique. Ce qui lui vaut le soutien de François Aubral, professeur
de philosophie. Auteur à la fin des années 70 du premier
livre dénonçant les nouveaux philosophes, il ne partage
pas le rejet absolu de Freud mais a publié dans la revue Seine-et-Danube
un long plaidoyer en faveur de Bénesteau, estimant que l'esprit
critique doit s'appliquer à la psychanalyse comme à toute
chose. " Merci à Aeschimann d'avoir écrit que mon article
a parlé de Freud dans des termes fort différents de ceux
de Bénesteau : pas de conspiration du silence, disais-je, lisez,
et forgez votre opinion. Aeschimann repère sur la quatrième
de couverture du livre l'expression " livre noir du freudisme ".
On y reviendra. Il poursuit : "Car la spécificité de
l'antifreudisme de Bénesteau est d'être très à
droite. Carrément d'extrême droite si l'on se réfère
à la personnalité de son préfacier, le psychiatre
Jacques Corraze, dont Bénesteau fut l'élève et qui
est un sympathisant notoire du Front national. Ainsi, en septembre 2004,
Corraze animait une table ronde à l'université d'été
organisée par deux figures du FN, Jacques Bompard et Bernard Antony.
Le 14 janvier de la même année, il fut l'invité d'honneur
du Club de l'Horloge, cercle qui depuis trente ans s'emploie à
promouvoir les idées frontistes. Il s'agissait ce jour de prononcer
le discours de remise du prix Lyssenko à... Elisabeth Roudinesco."
Ces infos m'intéressent au plus haut point. Je note toutefois que
l'antifreudisme de l'homme Bénesteau "carrément d'extrême
droite" , je dis bien de "l'homme" Bénesteau et
pas de son livre, résultent de l'engagement politique de son préfacier.
On passe du préfacier d'extrême droite, à l'homme
Bénesteau et l'on oublie de dire que rien dans le livre de Bénesteau,
pas un mot, n'est d'extrême droite. Le contenu du livre, que le
plus souvent on ne lit pas, se réduit aux opinions politiques de
son préfacier. Ce type de raisonnement me dérange et m'inciterait
à avancer que le travail psychanalytique de Françoise Dolto
est maréchaliste, elle qui, sans préfacier, a elle-même
écrit qu'elle était maréchaliste. Un tel argument
sur l'œuvre de Françoise Dolto me semble nul.
Aeschimann
reconnaissant que l'article de Roudinesco est "rude", conclut
: "Pour son procès, Bénesteau, cornaqué par
Corraze, a choisi comme défenseur Wallerand de Saint-Just, tête
de liste FN à Soissons en 2001 et avocat attitré du Front.
Preuve que sa bataille est politique, au moins autant que scientifique."
Pour détestable que soit ce choix d'avocat, inefficace et stupide,
dont j'ai tiré les conséquences en ne témoignant
pas, il n'apporte aucun élément sur le contenu écrit
du livre de Bénesteau, seul chose qui m'intéresse. Juger
d'un livre, cinq ans après son écriture, par l'entourage
de son auteur et les imbécilités qu'il a commises pour se
défendre en justice ne me semble pas recevable. Et, si l'on me
prouvait que Bénesteau était encore plus irresponsable qu'il
ne l'a été dans ses fréquentations, je ne changerais
pas pour autant mon opinion sur l'évaluation de son texte. Je puis
aller moi-même plus loin qu'Aeschimann dans la même veine,
en vous disant qu'une récente navigation sur Internet m'a montré
que Corraze et Wallerand de Saint Just sont bel et bien en phase, en sympathie,
voire en collaboration. Dans le cadre d'une association dénommée
AGRIF "Alliance générale contre le racisme et pour
le respect de l’identité française et chrétienne"
dont l'inspiration politique est évidente, je découvre l'existence
d'un "Comité national pour le rétablissement de la
peine de mort" et dans les signataires je trouve entre autres les
noms de : Me Wallerand de Saint-Just, avocat au barreau de Paris, Dr Jacques
Corraze, agrégé de philosophie, professeur agrégé
de médecine, psychiatre, Bernard Antony, président de Chrétienté-Solidarité,
Henri de Lesquen, président du Club de l’Horloge, Marie-France
Stirbois, ancien député, Jacques Bompard, maire d’Orange
! Bien. Que Corraze, Lesquen et Wallerand soient de mèche me semble
relever de l'évidence. Qu'ils aient tenté par ces procès
couplés de récupérer la critique de la psychanalyse
au profit de leur engagement politique correspond à la réalité.
Quant à Bénesteau, soit il a compris et il devrait le dire
publiquement et dénoncer cette récupération et Corraze,
soit il n'a pas compris et devient le dindon naïf ou faux naïf,
je n'en ai cure, d'une sinistre farce. Ce qui par ailleurs ne change rien
à la nature des arguments qui sont les siens dans Mensonges freudiens.
Amalgame…
Je parle un peu de moi, pardon, mais l'autobiographie est à la
mode ! Un ami me dit : tu dois envoyer un droit de réponse à
"Libé" qui t'accuse de complicité avec l'extrême
droite voire d'antisémitisme. De quoi s'agit-il ? Aeschimann a
parlé de mon "soutien" à Bénesteau et d'un
"long plaidoyer" de ma part en sa faveur. Vous m'avez lu : j'ai
seulement écrit. Lisez et jugez. Ces affirmations à l'emporte
pièce d'Aeschimann ont suffit, amalgame aidant, pour que l'effet
de lecture me classe parmi les chiens ! Je n'ai pas demandé de
droit de réponse au nom de la liberté d'expression du journaliste
qui en la circonstance n'a pas volontairement cherché à
me nuire. Il n'empêche que l'effet de son papier fut ravageur à
mon endroit. Je le dis, aujourd'hui. Fin de la séquence égotique.
Alors, ces
procès, de 15 heures à minuit, je vous raconte, un peu.
Bla-bla-bla, et une heure de suspension de séance pour décider
si l'on sépare l'affaire Bénesteau et celle du Club de l'horloge.
Le tribunal décide de séparer. Peine perdue puisque Me Kiejmann,
avocat de Roudinesco et des "Temps Modernes" (Lanzmann) dans
l'affaire du Club de l'horloge, a interrogé Bénesteau, amalgamant
de facto et non de jure les deux affaires ! Je note qu'Elisabeth Roudinesco,
probablement sur les judicieux conseils de Me Brouquet-Canale, son avocat
dans l'affaire Bénesteau a dit expressément qu'elle ne considérait
pas que ce dernier était personnellement antisémite mais
que dans son livre elle avait senti un "antisémitisme masqué".
Dont acte. La presse oubliera ce point. Plus tard, l'historien Gilles
Perrault entendra dans le livre de Bénesteau "la petite musique
antisémite". Démonstration historique. On rigole !
Quant au procureur de la République, il demande que l'on reconnaisse
la nullité de la citation de Me Wallerand de Saint-Just et partant,
à mes yeux, la nullité professionnelle de Wallerand de Saint-
Just, au motif qu'elle porte sur l'ensemble d'un article et pas de façon
précise sur une phrase ciblée. Il prend bien garde de ne
pas se prononcer sur le fond. Argument de pure procédure pour botter
en touche. Argument qui fondera la décision du tribunal, fort bien
plaidée par Me Brouquet-Canale. Me Kiejman ayant compris, un minimum
pour un si grand homme de manche, le tour que prenait les choses, n'avait
plus vraiment besoin de parler de Bénesteau. Il a cependant tenu
à faire vibrer le prétoire, pendant presqu'une heure, juste
avant que minuit ne sonne, pour colorer le dossier et écrire de
vive voix les articles à paraître dans les journaux. Si cet
homme n'était qu'un avocat de talent, je dirais bravo l'artiste.
Mais il a aussi été ministre de la justice de la gauche.
Son attitude m'a fait mal, ce soir là. Autant m'adresser directement
à lui :
"Monsieur
le Ministre
Loin de moi
l'idée de contester votre talent d'avocat dont j'ai longtemps apprécié
les effets, en compagnie de mes étudiants. Quand vous plaidiez,
on ne vous ratait pas. Spectacle pédagogique assuré. Je
me suis même laissé dire que vous auriez obtenu un non-lieu
pour un assassin … Bravo, vous avez fait votre métier d'avocat.
Mais, avec
vous, les choses se compliquent. Vous êtes, en effet, un homme de
gôche, comme moi qui fut parmi les rares dans le comité de
soutien pour l'élection de François Mitterrand, dès
son premier septenat ; nous n'étions pas nombreux., si l'on en
croit Jean-Louis Bianco. Votre statut de ministre de la justice de la
gauche vous confère des responsabilités morales et politiques.
Or pendant ces procès, vous m'avez fait mal au point que j'en suis
venu à comprendre que si la gauche aujourd'hui se trouve dans l'état
que l'on sait, c'est un peu à cause de gens comme vous. Tout dans
votre attitude montrait que vous usiez et abusiez de votre statut, de
votre pouvoir. J'ai bien ri quand vous avez failli en venir au main avec
Lesquen. Drôle, l'homme n'était pas sans défense et
méritait qu'on se le fasse ! J'ai moins apprécié
quand vous vous comportiez en terrain conquis dans ce tribunal, prenant
la parole à votre guise et rappelant à l'ordre la Présidente
qui ne savait plus où donner de la tête. J'ai beaucoup moins
apprécié quand, vous adressant à Bénesteau,
vous l'avez littéralement terrorisé à la manière
d'un grand inquisiteur : le jeu n'était pas égal et vous
avez abusé de votre pouvoir d'intimidation de façon gratuite.
Je ne vous ferais par l'injure de croire que vous ne saviez pas déjà
que la procédure, l'incompétence manifeste à mon
sens de la citation de Wallerand de Saint-Just, jointe à la position
à mon sens politique du Procureur que vous n'avez pas manqué
de féliciter, ne pouvait aboutir qu'à une nullité
de la citation sans prise de position sur le fond. Alors pourquoi le Protocole
des Sages de Sion pour stigmatiser le notion légitime de "désinformation"
mise en avant par Bénesteau ? Trop, c'est trop. Vous auriez pu
nous parler yiddish, avez-vous dit, jouant de façon allusive et
irresponsable voire coupable avec nos mémoires où ont défilé
les visages de ceux qui l'ont parlé et sont mort en fumée.
Kiejman, vous savez parfaitement ce que vous faites, ce que vous dites
et l'effet de vos effets. Vous n'aviez pas besoin de cela !
Quant au fait
que, comme il arrive en justice, vous avez cru nécessaire de joindre
une dernière pièce sur le tard et en urgence au dossier
et que cette pièce était un extrait de Mein Kampf, vous
avez dépassé le mur du son ! Etiez-vous si faible pour faire
appel à de tels arguments ? Ou bien vouliez-vous dominer et briller
et faire parler de vous par tous les moyens ? Là, j'ai cessé
de vous trouver brillant. Vous m'avez semblé pitoyable. Le fin
justifie les moyens : juste pour un avocat qui a le privilège de
pouvoir dire n'importe quoi dans l'exercice de sa fonction sans avoir
à en répondre devant la justice. Pas pour un ancien ministre
de la justice de la gauche.
Et il y a
plus grave à mes yeux. J'espère pouvoir dire que je ne suis
pas antisémite, à cette réserve près, accordée
en souriant, que mon antisémitisme est peut-être "masqué"
pour Elisabeth Roudinesco. Je dois avouer qu'en vous écoutant,
j'ai dû faire un réel effort intérieur pour ne pas
le devenir. Votre plaidoirie m'a semblé de nature à susciter
et à nourrir l'antisémitisme. Et croyez bien que je ne fus
pas le seul à sentir ce mal-être. Alors Kiejmann, je souhaite,
comme vous, probablement, mais pas pour les mêmes raisons, que la
gauche revienne au pouvoir, mais plus avec vous comme ministre de la justice
! "
Audience immédiatement
commentée par la presse. Autant, j'ai été nuancé
sur l'article-annonce d'Aeschimann, autant je trouve son compte-rendu
d'audience très limite. Pour deux raisons. Premiers mots de l'article
: "L'un petit et raide…". Effectivement Bénesteau
n'est pas grand, il était de plus intimidé, crispé,
provincial, hors de son monde. Ce genre d'attaque physique est un classique
de la rhétorique de l'extrême droite. Or Aeschimann n'est
pas d'extrême droite. Il ne s'en comporte pas moins, dans son papier,
comme Roudinesco, lorsqu'elle utilise à son profit des procédés
chers aux extrêmistes. Faites attention bon sang !
Seconde raison
: " Jacques Bénesteau fait citer, comme il se doit, un ami
juif. ". Ce "comme il se doit" est odieux. Cet ami juif
est le docteur Michel Rongières, chirurgien ; il a fait le voyage
de Toulouse où il est très occupé. Ami de Bénesteau,
juif, il est venu faire part au tribunal de son intime conviction en parlant
de façon très émouvante des raisons personnelles
et familiales qui font qu'il a l'antisémitisme en horreur, lui
qui sait de quoi il parle et à quoi a mené l'antisémitisme
réel. Kiejmann ne s'y est pas trompé qui a salué,
avec condescendance certes, l'authenticité et la sincérité
de ce témoignage. "Bénesteau n'est pas antisémite",
a dit Michel Rongières. Et Aeschimann de nous faire le coup de
" l'ami juif " ! Pas çà, Aeschimann, Roudinesco
ne vous en demandait pas tant !
2 juin : le jugement.
Club de l'horloge
: débouté de sa plainte au nom du "droit de libre critique
dans le cadre d'un débat d'idées" et au motif que "le
fait d'appartenir à l'extrême droite ne porte pas atteinte
à l'honneur, ni à la considération s'agissant d'un
courant politique autorisé". J'approuve ce jugement équitable.
Quant à Bénesteau, impossible à débouter sur
le fond, le tribunal a estimé que la citation de Wallerand de Saint-Just
était nulle parce que "contraire à l'exigence de précision
des poursuites que le principe de la liberté d'expression commande".
Manière procédurale d'éviter de reconnaître
que l'accusation d'antisémitisme étant un délit,
la diffamation est, d'après moi, bel et bien constituée.
Et Pascal
Ceaux de sonner dans "Le Monde" les trompettes roudinesquiennes
de la victoire : "La psychanalyse l'emporte par KO." Il cite
Roudinesco comme si ses propos prenaient valeur de décision de
justice : "dérapages antisémites", "clichés
traditionnels de l'antisémitisme". Les lecteurs du "Monde"
retiendront seulement, Bénesteau, antisémite, alors que
le tribunal a choisi de ne pas se prononcer sur la question. Et quitte
à conclure en beauté son article, autant donner directement
la parole à sa consœur Roudinesco qui prononce elle-même
le jugement que le tribunal s'est bien gardé de formuler : "
Mme Roudinesco s'est dite, jeudi, "très heureuse" de
la décision du tribunal. "C'est le droit de l'historien qui
a été démontré ", a-t-elle déclaré.
"Il faut que nous puissions évoquer dans nos analyses l'antisémitisme
masqué, sinon, nous aurions été contraints de restreindre
l'expression de notre réflexion." " Propos qui en disent
long sur l'objectivité de l'information et la solidarité
entre les collaborateurs du "Monde".
2.
La publication du Livre noir de la psychanalyse, septembre 2005.
Cette publication, à l'évidence, a toutes les caractéristiques
d'un coup éditorial, médiatiquement réussi si l'on
en juge par l'immense retentissement qu'elle a suscité. Coup éditorial
n'est pas nécessairement mauvais coup : il existe, en effet, des
coups éditoriaux à effets bénéfiques. C'est
le cas, en gros, de celui-ci. Dire au grand public en quoi la psychanalyse
est une imposture thérapeutique qui se fonde sur des données
théoriques des plus douteuses relève d'une opération
de salubrité publique. C'est, en effet, dans le public mal informé
que se recrutent les victimes de la psychanalyse. Qui prend l'initiative
de s'adresser à ce public pour le mettre en garde parle juste.
Mais un coup, ça se monte. Les amateurs sont d'emblée hors
jeu. Examinons la chose d’un peu plus près.
N'importe
qui ne monte pas ce genre de coup. Il faut du savoir faire et un projet
structuré. Catherine Mayer, normalienne, Flammarion, Odile jacob
et aujourd'hui "les arènes" a le profil parfait. Encore
a-t-elle besoin d'une idée : le livre noir de la psychanalyse.
On connaît l'histoire de la notion de "livre noir". L'idée
fait mouche. Mais, d'où vient l'idée, en la circonstance
? Pas seulement de Catherine Mayer. Aeschimann, nous l'avons signalé,
a remarqué que sur la quatrième de couverture du livre de
Bénesteau (2002) on pouvait lire l'expression "livre noir
du freudisme", ce que Roudinesco lui a suffisamment reproché.
L'idée vient donc de Bénesteau ou de son éditeur.
Abordons le
livre et son contenu. En gros le même que celui de Bénesteau
mais sur le mode de la vulgarisation. Par moment même, le lecteur
extérieur que je suis s'est demandé si Bénesteau
n'était pas intervenu dans l'accouchement du Livre noir ou à
tout le moins si l'on ne s'était pas fortement inspiré de
son ouvrage pour le fabriquer. Les prétentions de Bénesteau
se limitent, nous le savons, à faire un travail d'historien scrupuleux
sur ses sources. Le lire est presque suffisant pour repérer les
collaborateurs indispensables au Livre noir.
Il était, par ailleurs naturel, que Catherine Meyer, conceptrice
du projet et finalement auteur réel de ce livre rapidement ficelé,
constitué d'éléments disparates et mal ordonnés
de nature parfois très différente, de reprises, de réchauffé
et de montages, ait souhaité s'entourer de collaborateurs compétents.
Notre éditrice a donc fait appel à Borch-Jacobsen dont on
ne dira jamais assez la qualité philosophique du livre sur Lacan,
(Champ-Flammarion), Jean Cottraux, Didier Pleux et Jacques Van Rillaer.
Jacques Van Rillaert, si ma mémoire est bonne, a écrit à
propos du livre de Bénesteau dans le "Journal de Thérapie
comportementale et cognitive" : 2004, vol. 14, n° 1, p. 54-55.
:
" Son
livre, qui s'ouvre sur une belle préface de Jacques Corraze, surpasse
la plupart des publications anglo-saxonnes par la quantité de matériel,
mais également par une superbe écriture, parfaitement lisible,
souvent drôle, toujours captivante. Aucun lecteur ne pourra reprocher
à l'auteur de manquer de préciser ses sources …(…)
Mensonges freudiens sera sans doute passé sous silence dans la
grande presse francophone, largement infiltrée par les freudiens.
Beaucoup de libraires " négligeront " de le commander
(business is business). Les psys d'orientation scientifique, qui ont à
souffrir de l'impérialisme du freudisme, feront bien de se passer
l'information de bouche à oreille ou de courriel à courriel.
"
Que tout cela
est bellement dit ! Rillaer ne se méfie même pas de Corraze,
qu'il encense, c'est son problème ! Quand à l'occultation
du livre de Bénesteau qu'il prévoit et dénonce, il
pouvait quand même faire, en ce qui le concerne, une note circonstanciée
dans le Livre noir pour mentionner ce que ce best-seller devait à
Bénesteau ! Un coup de baguette magique et Rillaer se retrouve
dans la camp de ceux qu'il vient de dénoncer, ceux qui veulent
occulter par tous les moyens le contenu du texte de Benesteau. Que s'est-il
passé ? Le procès, Corraze. Mais pourquoi alors avoir loué
Corraze ? Ce changement d'attitude compréhensible dans une logique
d'amalgame et de diffusion méritait au moins une note de la part
d'un intellectuel!
Quant à
Borch-Jacobsen qui, sur les ondes explique à bon droit que le Livre
noir n'est ni historique ni philosophique mais de l'ordre de la vulgarisation,
posture des plus défendables, sa prestation suscite des interrogations.
On l'entend dire aujourd'hui que le livre de Bénesteau " lui
est tombé des mains "…Aucune influence donc, il a toujours
méprisé ce livre ! Qu'il examine cette question devant sa
conscience. S'il reste à cette dernière quelque lumière,
elle pourrait lui rafraîchir la mémoire. Jacobsen qui a pris
depuis longtemps ses distances avec l'inconscient freudien, ce dont je
le félicite, est donc parfaitement conscient lorsqu'il titre un
de ses textes dans le Livre noir : " La Saignée d'Emma ".
(Jacobsen, p. 456). " Saignée " dites-vous ? Mais ce
titre est emprunté à Bénesteau : " La saignée
d'Emma " (Bénesteau, p.124) ! Un petit indice, qui en vaut
beaucoup d'autres. Borch-Jacobsen , avec Roustang et François George
sont les trois qui, chacun à sa manière, m'ont éclairé
sur Lacan. Il n'empêche que l'homme, ce qui ne change en rien à
mon admiration pour son Lacan, se comporte ici, comme un médiocre
récupérateur, ayant pris le cheval de la vulgarisation légitime
en marche pour obtenir une reconnaissance médiatique inimaginable
à partir de ses propres livres. Nous voilà bien devant,
c'est souvent le cas, un philosophe de qualité qui s'avère
être un très petit bonhomme. Borch-Jacobsen, vous êtes
conscient de ce que vous faites, ne jouez pas les saintes ni touche, je
vous en prie, ni les enfants de chœur en nous faisant la morale.
Vous êtes allé à la soupe, qui vous le reprocherait,
et qui plus est à propos d'un combat urgent et nécessaire
mais de grâce ne nous faites pas le coup de la bonne foi, ni celui
trop facile de la politique ! Cela manque d'élégance dans
votre position.
On a reproché
à Benesteau de ne pas être l'historien qu'il est et de se
laisser aveugler par le seul point de vue du "cognitivo comportementalisme
scientiste" (Roudinesco). "Psychologue clinicien", son
livre ne dit rien sur ses pratiques et ses convictions thérapeutiques
; il se limite à faire œuvre d'historien. Le Livre noir, pour
sa part, débouche sur un vaste plaidoyer en faveur des TCC (thérapies
cognitivo comportementales, Rillaer encore, ce qui est son droit). Il
ne recule par ailleurs pas devant la démagogie, lorsqu’il
s'étend sur les témoignages de patients mécontents
de leur psychanalyse. On aurait tout aussi bien pu trouver des témoignages
de dévots de la psychanalyse …
Envoi
A partir des
effets à grand spectacle autour d'un vrai problème toujours
esquivé voire occulté, je me permets les quelques remarques
suivantes :
-Si l'on critique un livre, il faut d'abord le lire, je vous prie de m'excuser
d'enfoncer à ce point les portes ouvertes, et l'évaluer
à partir du contenu des arguments qu'il avance et des phrases qui
le composent.
-Il est légitime de critiquer la psychanalyse comme thérapie
et d'émettre comme Derrida les plus grandes réserves sur
la valeur des concepts freudiens, sans se voir accusé automatiquement
"d'antisémitisme masqué" qui, dans les journaux,
devient immédiatement antisémitisme tout court.
-Les notions d' "antésémitisme masqué",
de "petite musique antisémite" sont dangereuses et potentiellement
génératrices d'antisémitisme.
- Lorsque que l'on stigmatise les gens en les taxant, eux ou leur entourage,
ce qui est plus contestable, d'extrême droite, on doit s'interdire
d'avoir recours aux moyens traditionnels de ces extrémistes : amalgames,
falsification voire invention de textes, injures etc.
-Lorsqu'un débat intellectuel se voit récupéré
par un parti politique et qui plus est d'extrême droite, il convient
de dénoncer cet amalgame au même titre que les autres. Et
dans notre affaire, de voir que le sinistre Corraze et ses amis ont tenté,
à mon sens, une opération de ce genre.
En tirer les
conséquences s'impose alors, ce que j'ai fait, dès le début,
à l'endroit de ce Monsieur ; Bénesteau est en mesure de
dire que je ne mens pas sur ce point où nous sommes en parfait
désaccord. Je demande donc à Bénesteau de faire en
sorte que mon article et le lien avec "Seine et Danube" dont
j'avais autorisé la publication sur le site allemand Psychiatrie-und-ethic
avant le procès, soient retirés de ce site dans les meilleurs
délais, au seul motif que Corraze est "collaborateur et partenaire"
du site et que son voisinage aujourd'hui m'insupporte au plus haut point.
J'attends que Bénesteau prenne lui-même ses distances devant
ce qui discrédite le bien fondé de son combat, même
si le contenu de son livre me semble toujours aussi digne de lecture critique.
Il y viendra, du moins je l'espère, sans attendre la disparition
du pauvre Corraze ; ce serait trop bête et de fort mauvais goût.
Après
la bourrasque et le calme revenu, l'histoire des idées en France
reconnaîtra qu'en matière de critique du freudisme et de
psychanalyse le livre de Bénesteau a marqué un tournant
incontestable. J'ai même entendu parler d'un homme, pas si bête
que çà, ayant de surcroît joué un rôle
dans cette polémique qui se serait dit "ravi d'apprendre que
la nouvelle historiographie du freudisme pénètre en France".
J'ai oublié son nom, dommage. Parce que si ma mémoire se
réveillait, on rirait bien.
Tout ce tissus
de malentendus, d'insinuations, de malveillance et de procès a
l'immense inconvénient d'occulter le vrai débat de fond
qui se produit en ce moment notamment dans les retombées médiatiques
et internet du dossier d'Ursula Gauthier. Et si penser par delà
l'opposition psychanalyse lacanienne-TCC s'imposait dans une démarche
qui, loin des ostracismes et des injures, dirait que la problématique
d'avenir en matière de psyché est à réinventer,
à reconstruire, à imaginer sans préjugé d'aucune
sorte…
A propos de
psychanalyse lacanoïde, thérapie et théorie confondues,
la messe me semble dite. " Faut-il en finir avec la psychanalyse
?" demande Ursula Gauthier. Je réponds : non. On n'en finit
pas avec la psychanalyse, on la réfute par les faits et la critique
philosophique. Cette réfutation a eu lieu. Le Livre noir, après
Bénesteau et bien d'autres que cite Bénesteau, a le mérite
d'en informer sans ménagement ni finesse le public. Des résistances
très puissantes existent certes dans notre pauvre France, de ce
point de vue très archaïque. Le monde a compris, et spécialement
ses jeunes, qui nous regardent avec un sourire en coin, " ces Français…on
les aime bien …ils sont impayables…". Les idéologies
dans le sens que Lyotard a donné à ce terme se sont toutes,
une à une, écroulées. Reste en France le lacanisme.
Il s'effondrera comme les autres quand, et nous devons attendre encore
un peu, ceux qui le défendent farouchement auront pris leur retraite.
Et n'auront plus à défendre leurs revenus et les postes
qu'ils occupent, eux, dont la compétence se limite, dans de nombreux
cas, à avoir été cooptés par leurs pairs.
Cessons enfin
les grandes prises de gueules partisanes et intéressées
et laissons au temps le temps de faire son travail de dissolution. Toutes
ces histoires de psychanalyse ne sont déjà plus que des
histoires drôles ou d'épouvante, à ranger sur les
rayons des contes et légendes du XXe siècle. Contes et légendes,
poésie, art : Freud, un génie sur tous ces registres. Post-scriptum
: dernière minute. Novembre 2005.
Elisabeth
Roudinesco publie encore un livre : Pourquoi tant de haine, anatomie du
Livre noir, Navarin éditeur, diffusion Seuil, 95 pages. Rêvons
un instant : notre historienne et douairière de la psychanalyse
prend un peu de hauteur, de recul critique, elle avance enfin des arguments,
il lui arrive même de penser sur tous ces problèmes qui par-delà
les conflits de personnes, de chapelle, d'ambition et d'intérêt,
nous intéressent ? Ce n'était qu'un rêve. Rien de
nouveau : un simple copier-coller d'articles déjà publiés
dans des journaux plus quelques textes courts d'amis. Encore du très
mauvais Roudinesco : manichéisme vengeur, polémique hargneuse,
amalgames sidérants, hystérie passionnelle, amour, haine,
pour, contre, degré zéro de la pensée. Roudinesco
n'aime pas le Livre noir, on avait compris ! Mais pourquoi n'élève-t-elle
pas le débat ?
Derrida, pas
le Livre noir mais dans Derrida-Roudinesco, De quoi demain dialogue avec
Roudinesco a écrit : " Mais je me demande si cet appareil
conceptuel survivra longtemps. Je me trompe peut-être, mais le çà,
le moi, le surmoi, le moi idéal, l’idéal du moi, le
processus secondaire et le processus primaire du refoulement, etc. —
en un mot les grandes machines freudiennes (y compris le concept et le
mot d’inconscient) ! — ne sont à mes yeux que des armes
provisoires, voire des outils rhétoriques bricolés contre
une philosophie de la conscience, de l’intentionnalité transparente
et pleinement responsable. Je ne crois guère à leur avenir.
" Comment mieux dire que la valeur de vérité de la
théorie freudienne est nulle ? C'est sur ce terrain que l'on vous
attend Madame la grande universitaire ! Fabriquez des concepts, analysez
et cessez de procéder par invectives à la manière
d'une tigresse qui défend son territoire. Déterritorialisez-vous,
vous et vos semblables en qui Deleuze a reconnu les nouveaux prêtres.
Enfin : assez
d'ignominies ! Page 50 : " Plus personne en France dans les milieux
académiques, ne confond le révisionnisme et le négationnisme
(négateurs des chambres à gaz). " Plus personne, sauf
vous, Madame qui avez écrit, je me répète, sur Bénesteau
en vous fondant sur une citation intégralement inventée
pas vous : "l'ouvrage de Bénesteau mêle donc la démarche
scientiste à la pire rhétorique d'inspiration antisémite
et négationniste". Négationniste. Je souligne la diffamation
à mes yeux évidente.
Quant à
la note 15 de la page 22, le lecteur qui vous fait confiance entend que
Bénesteau a été débouté de sa plainte
en diffamation contre vous, mais vous oubliez de préciser qu'il
le fut à la faveur d'une argutie de procédure à l'inititive
du parquet dont l'avantage politique était d'éviter, d'avoir
à se prononcer sur le fond de la diffamation, à un moment
où le gouvernement n'arrivait pas, malgré ses vœux,
à se prononcer sur les conditions requises à l'exercice
du métier de psychothérapeute… Jolie honnêteté
intellectuelle !
Je vous entend
à l'instant sur France-culture ; vous vous qualifiez de "romantique".
Charmant, mais romantisme terrifiant que le vôtre qui vous autorise,
en pleine connaissance de cause, à écrire "négationniste"
de façon irresponsable ! Là vous outrepassez largement le
registre sentimental de l'amour passion ! Vous êtes grave, diraient
les jeunes, si d'aventure vos divagations arrivaient jusqu'à leurs
oreilles !
François AUBRAL
Novembre 2005
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